Louis-Paul Ordonneau

Je me souviens de cette forme brute peinte en cachette comme je me souviens aussi d'avoir photographié des chaines de métal enflammées d’essence. 

Ce furent mes premières recherches métaphysiques.

Risquer d’autres mondes que le sien, pour moi c’est tenter de vivre absolument.

C’est se plonger entièrement dans la vie en vérité. L’inconnu m’intéresse et je travaille à toujours me surprendre et m'étonner. 

Dans mon travail, je réalise souvent des idées que je ne comprends vraiment qu'à posteriori. C'est encore plus vrai en peinture. 

Je suis certain qu’elles me font avancer même si à chaque fois que je crois avoir atteint un sommet, un autre se trouve derrière. Toujours.

Le temps se distend au bord de tout. Continuer ou arrêter une peinture. 

Et puis penser en regardant les photographies des travaux en cours pour suspendre le temps. En création, tout n’est à la fois jamais et toujours trop tard pour regretter. En peinture, cela en devient une ascèse parfois absurde. 

Solitaire ou Solidaire. D’un côté je fais et j’agis pour progresser et affirmer ma vocation d’artiste, de l’autre c’est moi en tant qu’être vivant sur terre qui m’engage dans ma propre histoire humaine. Et puis un jour certains se reconnaissent dans mon travail. Le demain mon travail est différent et eux ils sont d'autres.

J’essaye de frayer mon chemin entre les accumulations de mes rêves. J’en réalise pleinement certains en peinture, en photographie, en film animé. D’autres sont oubliés, d’autres encore ne seront jamais réalisés. Repentirs, palimpsestes. Chaque idée est balayée par la suivante, différente ou plus forte.

Sur le chemin, ce sont les passages qui m'intéressent. Ils changent tout le temps.

Quoiqu’il arrive, l’art comme la vie n’est jamais là où on l’attend et espère le saisir.

Aujourd'hui, en novembre 2021, je vais vers la couleur-forme. 

Louis-Paul Ordonneau.

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