Louis-Paul Ordonneau

J’avance en vie et en couleurs sur mon chemin de peintre avec la photographie, la musique, et l'image animée.

« Le trajet importe plus que le projet ».

Je me souviens encore de cette peinture d'un Christ faite en cachette, sorte de forme brute, recherche personnelle d’intensité. Pas particulièrement engagé dans une religion ou une autre et je ne connaissais même pas les œuvres de Cimabue mais j’avais le désir de représenter des forces de l’esprit comme une recherche d’identité au sens le plus profond : matérialiser le sens de mon existence, savoir quelle âme je suis?

Je me souviens aussi de ces photographies de chaines de métal enflammées d’essence.

Risquer d’autres mondes que le sien, pour moi c’est tenter de vivre absolument.

C’est se plonger entièrement dans la vie en vérité.

L’inconnu m’intéresse et je travaille toujours pour me surprendre et m'étonner. 

Dans mon travail, je réalise souvent des idées que je ne comprends vraiment qu'à postériori. C'est encore plus vrai en peinture. Je suis certain qu’elles me font avancer même si à chaque fois que je crois avoir atteint un sommet, un autre est toujours derrière. Toujours.

Le temps se distend au bord de tout. Continuer ou arrêter une peinture, commettre encore ou pas. Et puis penser en regardant les photographies des travaux en cours pour suspendre le temps. Désespéré un jour, je rêve parfois de savoir quelles seront mes peintures et mes créations dans 40 ans et connaître par avance mon chemin et les engagements suivis.

En création, tout n’est à la fois jamais et toujours trop tard pour regretter. En peinture, cela en devient une ascèse parfois absurde.

J’aime retrouver l’explication de cette recherche permanente par exemple dans les œuvres d’Albert Camus. Pour moi Camus y décrit parfaitement cet antagonisme moteur et destructeur comme avec les derniers mots de la nouvelle « Jonas ou l’artiste au travail » : Solitaire ou Solidaire. D’un côté je fais et j’agis pour progresser et affirmer ma vocation d’artiste, de l’autre c’est moi en tant qu’être vivant sur terre qui m’engage dans ma propre histoire humaine. Est-elle écrite ou à écrire ?

J’essaye de frayer mon chemin entre les accumulations de mes rêves. J’en réalise pleinement certains en peinture, en photographie, ou en images animées. D’autres sont oubliés, d’autres encore ne seront jamais réalisés. Sur ce chemin qui superpose en escalier mes convictions, chacune est absolument évincée par la suivante. Mes repentirs ou mes palimpsestes en peinture en sont une matérialisation concrète.

Probablement comme l’écrit Michel Butor : « Faire de la peinture, ce serait donc bien d’apprendre à rejoindre sa mort tout en trouvant le moyen de ne pas mourir dans la sottise de cette mort que les autres avaient en réserve pour nous et qui ne nous convient nullement. » Répertoire V, 1982.

Quoiqu’il arrive, l’art comme la vie n’est jamais là où on l’attend et espère le saisir. C’est pourquoi je crois en l’art pour ma vie, parallèle à ma vie.

Je suis photographe, réalisateur, peintre, tout cela à la fois, tout cela séparément et dans le désordre. 

Pour moi l'art rend possible les poèmes. Avec lui j'essaye d'approcher l'inconnu et les forces de l'invisible. 

Alors je crée pour montrer ce que j'ai vu.

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